🔎 Ce qu'il faut retenir
- L’ISO 14067 propose une méthode pour calculer l’empreinte carbone d’un produit ou d’un service, en s’appuyant sur les principes de l’analyse du cycle de vie.
- L’évaluation peut couvrir tout ou partie du cycle de vie, des matières premières à la fin de vie, avec un résultat exprimé en CO₂e par unité fonctionnelle.
- Elle se distingue d’un bilan GES organisationnel : l’ISO 14067 analyse un produit, tandis que le bilan carbone mesure les émissions d’une organisation.
- L’empreinte carbone produit aide à identifier les postes les plus émetteurs, à orienter l’écoconception, les achats et les actions de décarbonation, et à mieux documenter certaines émissions du Scope 3.
Mesurer les émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise ne suffit pas toujours à comprendre quels produits contribuent le plus à son empreinte carbone. C’est précisément ce que permet d’analyser l’ISO 14067, en mesurant l’empreinte carbone des différents produits qu’elle fabrique.
Qu'est-ce que la norme ISO 14067 ?
La norme ISO 14067 a été élaborée par l’Organisation internationale de normalisation. Elle spécifie les principes, les exigences et les lignes directrices pour évaluer l’impact climatique d’un produit ou d’un service (ODD 13).
L’objectif principal de la norme est de fournir une méthode cohérente et reproductible pour déterminer l’empreinte carbone d’un produit.
L'ISO 14067 est directement liée aux normes ISO 14040 et ISO 14044, qui encadrent l'analyse du cycle de vie (ACV).
- ISO 14040 définit les principes et le cadre général de l'ACV.
- ISO 14044 précise les exigences et lignes directrices pour réaliser une ACV.
L'ISO 14064 appartient à la même famille de normes consacrées aux gaz à effet de serre, mais elle ne porte pas sur le même objet :
- Les normes ISO 14040 et 14044 définissent comment réaliser une ACV
- ISO 14067 reprend cette logique d’ACV pour mesurer l'empreinte carbone d'un produit
- ISO 14064 permet de quantifier, déclarer et vérifier les émissions de gaz à effet de serre (GES) d'une organisation.
Que mesure l’ISO 14067 ?
L’ISO 14067 mesure l’empreinte carbone d’un produit : cette empreinte correspond à la somme totale des émissions et absorptions de GES associées au cycle de vie d’un produit, de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie, exprimée en CO₂e (équivalent CO₂).
L’objectif est de déterminer combien de CO₂e sont associés à une unité donnée de produit.
L’ISO 14067 est basée sur une approche cycle de vie (ACV).
Selon le périmètre retenu, l'étude peut couvrir : matières premières → production → transport → distribution → utilisation → fin de vie
Le périmètre exact doit être défini au début de l’étude. Une empreinte peut ainsi être calculée “du berceau à la tombe” (cradle-to-grave) ou sur un périmètre plus limité, par exemple “du berceau à la sortie d’usine” (cradle-to-gate).

Par exemple, pour une automobile, l’évaluation peut prendre en compte les émissions liées :
- à la production des matières premières ;
- à la fabrication et à la transformation ;
- au transport et à la distribution ;
- à l’utilisation du produit ;
- à sa fin de vie.
Un périmètre plus large évite de se concentrer uniquement sur les émissions directement générées par le fabricant alors qu’une part importante de l’empreinte peut se situer en amont ou en aval.
Pour que le résultat soit interprétable, l’empreinte doit être rapportée à une unité fonctionnelle.
L’unité fonctionnelle décrit la fonction ou le service rendu par le produit et constitue la référence à laquelle les résultats sont rapportés.
Ca peut être :
- 1 kg de matériau ;
- 1 kWh d’électricité fourni ;
- 1 000 km parcourus pour un véhicule ;
- 1 lavage effectué pour une lessive.
Cette étape permet de comparer des produits qui remplissent la même fonction.
Une fois le périmètre et l’unité fonctionnelle définis, il faut établir l’inventaire des flux nécessaires au calcul.
Les données à collecter peuvent porter sur :
- les quantités de matières premières utilisées ;
- la consommation d’électricité et de combustibles ;
- les transports ;
- les procédés industriels ;
- les consommations liées à l’utilisation ;
- les déchets et leur traitement ;
- les flux entrants et sortants associés aux différentes étapes du cycle de vie du produit.
On distingue :
- les données primaires, directement collectées auprès des services de l’organisation ou de la chaîne d’approvisionnement.
- et les données secondaires, provenant de bases de données reconnues, utilisées quand les données primaires sont impossibles à obtenir.
Les données collectées sont ensuite converties en émissions de GES à l’aide de facteurs de caractérisation ou de conversion appropriés.
Exemple :
Quantité consommée × facteur d’émission = émissions de GES
Si une étape nécessite 1 000 kWh d'électricité et que le facteur d'émission retenu est de 50 g CO₂e/kWh :
1 000 × 50 = 50 000 g CO₂e, soit 50 kg CO₂e
Le calcul est réalisé pour les différents flux du cycle de vie. Les émissions des différents GES sont ensuite converties en CO₂ équivalent, afin de pouvoir les additionner.
On obtient par exemple : 2,8 kg CO₂e par unité fonctionnelle
C’est cette valeur qui constitue l’empreinte carbone du produit.
L’ISO 14067, le bilan carbone et l’ACV sont des concepts liés. Nous allons voir ce qui les différencie.
ISO 14067, bilan carbone et ACV : quelles différences ?
Pourquoi utiliser l’ISO 14067 en entreprise ?
Utiliser l’ISO 14067 permet à une organisation :
- d’identifier les étapes les plus carbonées du cycle de vie du produit.
- de prioriser les actions de décarbonation. En identifiant les postes qui contribuent le plus à l’empreinte carbone, l’entreprise peut concentrer ses efforts sur les leviers significatifs.
- de comparer différentes options de conception
- et d’alimenter ainsi une démarche d’écoconception. Les résultats peuvent guider les choix de conception afin de réduire les émissions sur l’ensemble du cycle de vie et d’améliorer la performance environnementale du produit.
Voici, quelques exemples de leviers permettant de réduire l’empreinte carbone d’un produit selon les principes de l’ISO 14067 :
- privilégier des fournisseurs responsables et locaux ;
- limiter ou supprimer les emballages ;
- réduire les composants superflus ;
- décarboner et optimiser le transport ;
- concevoir des produits robustes et faciles à réparer, etc.
L’ISO 14067 permet également :
- de répondre aux demandes des clients et donneurs d’ordre. Les entreprises peuvent s’appuyer sur les données d’empreinte carbone documentées pour répondre aux questionnaires fournisseurs, aux appels d’offres et aux exigences de leurs clients en matière de décarbonation.
- d’améliorer la connaissance du Scope 3 et de la chaîne de valeur. Les données d’empreinte carbone des produits achetés ou vendus aident à affiner le calcul des émissions indirectes de l’entreprise.
Ainsi, l’ISO 14067 ne sert pas uniquement à calculer un chiffre en kg CO₂e. Elle aide l’entreprise à comprendre l’origine des émissions associées à ses produits, à identifier les leviers de réduction et à étayer ses décisions avec des données plus fiables.
C’est le point que nous allons développer à présent : comment intégrer l’ECP dans la stratégie climat de l’entreprise.
Comment intégrer l’empreinte carbone Produit dans votre stratégie climat ?
Calculer l’empreinte carbone d’un produit constitue une première étape. L’étape suivante pour l'organisation, c’est d’intégrer les enseignements de l’analyse dans ses décisions opérationnelles et sa stratégie de décarbonation.
Cela implique :
- de passer de la mesure à l’action. L’analyse de l’empreinte carbone permet d’identifier les étapes du cycle de vie les plus émettrices et les principaux leviers de réduction. L’entreprise peut alors définir un plan d’action, fixer des objectifs aux équipes concernées pour améliorer la performance environnementale de la production.
- d’intégrer les résultats aux décisions produits et achats. Les données d’empreinte carbone peuvent orienter les choix de matériaux, de fournisseurs et de procédés de fabrication. Les équipes achats peuvent les utiliser pour comparer les offres des fournisseurs et intégrer des critères carbone dans leurs décisions. On parle de politique d’achats responsables.
- de suivre l’évolution de l’intensité carbone des produits. En recalculant régulièrement l’empreinte carbone, l’entreprise peut mesurer les progrès réalisés.
- d’articuler empreinte produit et trajectoire globale de réduction des émissions. Les résultats des analyses produits peuvent alimenter la stratégie climat de l’entreprise, notamment en améliorant la connaissance de certaines émissions du Scope 3.
L’empreinte carbone Produit devient alors un outil de pilotage de la stratégie climat de l’organisation, en guidant les décisions de conception, les achats, les investissements et le suivi des objectifs climatiques.
Conclusion
L'ISO 14067 permet de quitter la vision carbone globale de l'entreprise et de descendre au niveau de ses produits et services pour une compréhension beaucoup plus fine de leur impact climatique.
Cela en fait un outil précieux au service du pilotage de la stratégie climat de l’organisation.




