🔎 Ce qu'il faut retenir
- Le cœur du cadre reste inchangé : double matérialité, trois piliers ESG et besoin de données fiables.
- Pour les entreprises de la vague 1, le quick fix évite d’ajouter de nouveaux indicateurs en 2025 et 2026 par rapport au premier exercice de reporting.
- Pour les entreprises de la vague 2, le délai gagné doit servir à revoir la DMA et à préparer un reporting plus proportionné.
- Pour les entreprises sorties du périmètre, la demande de données ne disparaît pas : clients, banques et investisseurs continueront à challenger les informations ESG.
- La VSME devient aujourd’hui le référentiel de travail le plus pragmatique, à adapter selon la taille et la maturité de l’entreprise.
Depuis plusieurs mois, le sujet de la simplification des ESRS est souvent abordé sous l’angle du calendrier ou du périmètre. Pourtant, pour les entreprises, la vraie question n’est pas seulement “suis-je encore dans le scope ?”. La vraie question est : quel dispositif de reporting dois-je conserver pour continuer à piloter mes enjeux ESG, répondre aux attentes du marché et rester crédible vis-à-vis de mes auditeurs, investisseurs, clients et partenaires financiers ?
Autrement dit, la simplification ne signe pas la fin du reporting de durabilité. Elle marque plutôt la fin d’une logique trop exhaustive, au profit d’une approche plus ciblée, plus utile et plus pilotable.

La simplification ne change pas le cap de fond
Le paysage réglementaire s’est allégé, mais il ne s’est pas vidé de sa substance. En l’état des textes publics, le projet Omnibus recentre la CSRD sur les entreprises les plus importantes, maintient le principe de double matérialité, conserve les trois piliers ESG et confirme le maintien d’une assurance limitée. La logique reste donc la même : publier une information de durabilité utile, cohérente et fiable — mais avec un niveau d’exigence mieux proportionné.
Dans la proposition de la Commission, resteraient soumises aux obligations de reporting les entreprises de plus de 1 000 salariés dépassant soit 50 M€ de chiffre d’affaires, soit 25 M€ de total de bilan. En parallèle, la révision complète des ESRS n’est pas encore formellement adoptée : l’EFRAG a remis son avis technique fin 2025, mais le texte définitif relève toujours de la Commission européenne.
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Vague 1 : sécuriser le reporting sans repartir de zéro
Pour les entreprises qui ont déjà publié un premier état de durabilité, la bonne nouvelle est claire : le quick fix permet de ne pas ajouter, en 2025 et 2026, de nouvelles obligations par rapport au premier exercice. L’enjeu n’est donc pas de reconstruire votre dispositif. L’enjeu est de le stabiliser, puis de préparer intelligemment l’étape suivante.
Concrètement, cela suppose de travailler sur cinq chantiers très opérationnels : analyser les projets d’ESRS simplifiés, intégrer les clarifications déjà connues, réaliser un gap analysis sur les données quantitatives, mettre à jour le protocole de reporting et anticiper les adaptations à apporter à votre outil de collecte. C’est particulièrement important pour les indicateurs qui changent de définition ou de méthode de calcul, par exemple sur certains indicateurs workforce.

Le bon réflexe consiste donc à passer d’une logique de conformité annuelle à une logique de maintenance du dispositif : ce que je conserve, ce que j’allège, ce que je documente mieux, et ce que je prépare dans mon protocole et dans mon logiciel pour éviter une remise à plat dans l’urgence.
Vague 2 : utiliser le délai pour revoir votre DMA intelligemment
Pour les entreprises de la vague 2, le “stop-the-clock” a changé la temporalité, mais pas le besoin de se préparer. Le délai de deux ans ne doit pas être lu comme une parenthèse d’inaction. Il doit être utilisé comme une fenêtre pour simplifier la démarche en profondeur, en particulier lorsqu’une analyse de double matérialité a déjà été réalisée.
Le point clé est le suivant : avec le projet d’ESRS 1 simplifié, la DMA devient plus lisible et plus pilotable. Le filtre de matérialité est renforcé, une approche plus qualitative est possible, l’exhaustivité n’est plus recherchée pour elle-même, et la mise à jour n’a plus vocation à être annuelle en l’absence de changement significatif. En pratique, cela ouvre la voie à une revue beaucoup plus stratégique de la matrice existante.
Notre recommandation est de travailler en quatre temps : réaligner la DMA sur les nouveaux standards, réinterroger vos impacts — notamment les impacts positifs et les impacts négatifs potentiels —, regrouper les IRO par grands enjeux thématiques pour faciliter le pilotage par les métiers, puis sécuriser les arbitrages avec les auditeurs et la direction. Cette étape est essentielle : une simplification mal documentée crée du risque d’audit ; une simplification bien justifiée fait gagner du temps et améliore la lisibilité.

Autrement dit, il ne s’agit pas de refaire une DMA “plus légère”. Il s’agit de refaire une DMA plus utile : plus concentrée sur les enjeux réellement matériels, mieux reliée au modèle d’affaires et plus facile à transformer ensuite en politiques, actions, KPI et feuille de route.
Hors scope CSRD : la VSME devient le socle pratique
Sortir du périmètre CSRD ne signifie pas sortir du radar des parties prenantes. Au contraire, nombre d’entreprises qui ne relèvent plus du dispositif obligatoire continuent à recevoir des demandes d’informations de la part de leurs clients, de leurs banques, de leurs investisseurs ou de leurs donneurs d’ordre. C’est précisément ce qui explique la montée en puissance de la VSME.
À ce stade, la VSME a été adoptée par la Commission européenne sous forme de recommandation pour les entreprises de moins de 250 salariés. En parallèle, le paquet Omnibus propose qu’un futur standard volontaire, fondé sur la VSME, puisse servir de référence aux entreprises jusqu’à 1 000 salariés. Pour les ETI, la logique la plus robuste n’est donc pas de se limiter à un reporting minimaliste, mais d’utiliser la VSME comme base et de l’enrichir avec une vraie vision stratégique, des informations de gouvernance et des KPI pertinents.

Dans les faits, la bonne feuille de route reste assez proche de celle des dispositifs plus matures : choisir le bon module selon sa taille et ses ambitions, identifier les enjeux ESG pertinents, structurer la collecte de données, rédiger un rapport lisible et définir progressivement une stratégie RSE pilotée par quelques objectifs quantitatifs. La différence n’est pas le sens de la démarche ; c’est son niveau de profondeur et de formalisme.
Pour récapituler :
Arrêter de reporter ? Ce serait une erreur stratégique
Certaines entreprises pourraient être tentées de conclure que, sans obligation réglementaire stricte, il devient possible d’arrêter tout reporting. Ce serait, à notre sens, une mauvaise lecture de la situation. La pression ne disparaît pas ; elle se déplace. Elle vient moins du texte lui-même que des demandes du marché, des exigences des banques, des questionnaires clients, de la chaîne de valeur et de la capacité à démontrer la robustesse d’une trajectoire ESG.
Le rapport de durabilité n’est pas seulement un exercice de communication. C’est un outil de structuration interne. Il permet d’aligner les métiers, de fiabiliser les données, de donner de la visibilité au management et de piloter les plans d’action. En ce sens, la simplification actuelle n’invite pas à faire moins de durabilité ; elle invite à mieux hiérarchiser, mieux collecter et mieux piloter.
En conclusion
La bonne question n’est plus « combien d’ESRS dois-je publier ? », mais « quel dispositif robuste, proportionné et utile dois-je conserver pour piloter mes enjeux et dialoguer avec mes parties prenantes ? ». Pour la vague 1, cela signifie consolider. Pour la vague 2, simplifier intelligemment. Hors scope, structurer un référentiel crédible autour de la VSME.
🗓️ À date : ce qui est déjà acté
- Le stop-the-clock est adopté et repousse de deux ans l’entrée en application pour les entreprises qui devaient reporter pour la première fois sur FY 2025 ou FY 2026.
- Le quick fix ESRS est en vigueur pour les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2025 et prolonge les allègements pour la vague 1.
- La révision de fond des ESRS reste encore à finaliser par la Commission sur la base de l’avis technique remis par l’EFRAG.

