Logo Tennaxia FR Bleu
  • Français

L'écosystème méditerranéen,
amour fragile

Bulle d'eau n°2

Le 13 mai 2020

L'écosystème méditerranéen est unique

En 1955 Tino Rossi chantait « Méditerranée » dans une opérette portant le même nom. Il y vantait un paradis à la couleur bleue, aux îles d’or ensoleillées, aux rivages sans nuages et au ciel enchanté. Ces contrées ont accompagné mon enfance. Au-delà des cultures multiples, des paysages si changeants et des saveurs incomparables, j’ai découvert l’Histoire de notre civilisation ainsi que les différents genres humains, reliés par une mer unique. Puis un jour en traversant la surface de son miroir, j’ai découvert encore un autre univers.

Cette mer semi-fermée, dont la superficie est d’environ cinq fois celle de la France communique avec l’Atlantique par le détroit de Gibraltar. Elle communique également depuis 1869 avec la mer Rouge par le percement du canal de Suez. Son histoire géologique complexe remonte à -30 millions d’années. Plusieurs épisodes récurrents d’ouverture et de fermeture du détroit entraînèrent des périodes de remplissage et d’assèchement successifs. Il y a -5 millions d’année, le détroit s’ouvrit complètement pour remplir définitivement la mer Méditerranée.

La plupart des espèces vivantes présentes dans ces eaux proviennent de l’Atlantique. Certaines d’entre elles ont évolué au fil du temps, en s’adaptant aux conditions particulières. On estime qu’environ 20% des 17 000 espèces recensées sont endémiques désormais, on ne les trouve nulle part ailleurs sur le globe. Ne représentant que 0,8% de la superficie de l’océan mondial, l’écosystème méditerranéen abrite 7,5% de sa faune et 18% de sa flore marine. C’est une véritable zone de concentration de la biodiversité.

Des immeubles résidentiels

Parmi ces trésors, intéressons-nous aux récifs coralligènes. Ce sont des concrétions calcaires d’origine biogène, produites par des êtres vivants. Elles résultent de l’accumulation lente (moins de 0,5cm/an) d’algues calcaires et d’animaux invertébrés bio-constructeurs à squelette minéralisé.

Si la plupart de ces derniers façonnent, les récifs, d’autres les érodent en creusant ainsi de multiples trous et galeries propices à une faune qui y trouve un habitat formidable. Ces récifs servent aussi de support de fixation pour de nombreux autres organismes. On estime qu’environ 1800 espèces sont associées aux récifs coralligènes.

Ils se développent entre -12m et -120m de profondeurs environ, le long des tombants rocheux ou encore sous forme d’édifices de taille métrique sur les fonds peu pentus. Selon la profondeur, les communautés d’espèces ainsi que leur fonctionnalité propre peuvent évoluer. Ces habitats uniques dans le monde sont considérés comme l’équivalent des récifs coralliens tropicaux. Ils sont particulièrement présents en France aux alentours de la région de Marseille jusqu’à la Corse.

Imaginez ces amas de concrétions pouvant dépasser plusieurs mètres d’épaisseurs et bardés de couleurs très vives. A l’image d’un immeuble résidentiel, chaque espèce vivante occupe une place et participe à l’équilibre symbiotique de l’ensemble. J’ai plongé dans beaucoup de mers du globe, cela dit, je reviens toujours avec envie sur ces récifs qui me prennent aux tripes.

écosystème méditerranéen Corail rouge

Des menaces anthropiques récurrentes

La Méditerranée fut et demeure encore un carrefour primordial d’échanges internationaux. Les nouvelles routes de la soie chinoises intègrent pleinement ce territoire stratégique.

Alors que notre pression anthropique est à l’origine des perturbations majeures que subissent les différents écosystèmes, les récifs coralligènes n’y échappent pas. Différentes raisons l’expliquent : les destructions mécaniques engendrées par certaines pratiques de pêche ou par les mouillages des embarcations, le ciblage préférentiel sur certaines espèces créant des déséquilibres, la pollution chimique liée au bassin versant et aux activités en mer, la fréquentation des plongeurs loisirs, la modification de la sédimentation liée aux remous des différentes activités, les invasions d’espèces animales et végétales, les impacts sur les milieux en raison du réchauffement des eaux et de la survenue de tempêtes inhérents au changement climatique.

La combinaison de ces facteurs influence grandement la dégradation de ces écosystèmes. Comme partout ailleurs, il faut vraiment que nous changions de cap si nous voulons conserver ce territoire qui est bien plus qu’une entité géographique.

Une apnée symbolique

En 1969, le scientifique Jean-Georges Harmelin déposait un quadra de mesure sur le site de l’Impérial du Large à Marseille par -67m de profondeur. Les douze carreaux installés, en véritable pierre de Cassis, étaient relevés de manière unitaire chaque mois afin de mesurer le degré de colonisation par les espèces présentes. Ce quadra est toujours présent, en véritable témoin des premiers relevés établis quand la science a commencé à s’intéresser à ces écosystèmes.

Aujourd’hui la Méditerranée de par ses caractéristiques physiques se dégrade plus vite, et se réchauffe d’avantage que les grandes masses océaniques. Afin d’illustrer la fragilité de ses récifs et leur mise en péril par l’impact de nos activités, j’ai décidé d’effectuer une plongée symbolique en apnée pour aller visiter, à l’Impérial du Large, ce quadra plus âgé que moi. Qui sait si Jean-Georges m’accompagnera en bateau en souvenir de ses nombreux relevés, lui qui a passé de si nombreuses heures sous l’eau pour étudier notre écosystème méditerranéen.

Une expérience de réhabilitation écologique

Le corail rouge (Corallium rubrum) et la gorgone rouge (Paramuricea clavata) constituent deux espèces fixes remarquables des récifs coralligènes. En plus de leur rôle structurant dans ces récifs, et de leur importance biologique dans l’écosystème méditerranéen, elles ont un haut attrait paysager que les plongeurs loisirs apprécient.

Ces colonies au squelette calcaire sous forme arborescente, pour le corail rouge, ou en éventail, pour la gorgone rouge, ont comme beaucoup d’espèces, une croissance très lente (moins de 1 cm/an). Très impactées par les agressions évoquées plus haut, l’association marseillaise Septentrion Environnement qui œuvre pour la connaissance, la conservation et la valorisation du milieu marin, a créé le programme scientifique TRANSCOR qui vise à tester la technique de transplantation sur ces deux espèces.

écosystème méditerranéen Gorgones et corail2

Crédits photos Septentrion Environnement

Les objectifs de l’étude sont d’évaluer, à long terme, la réponse des deux espèces manipulées en lien avec les différents facteurs qui influenceraient la survie ou l’altération des transplants. Ces conditions sont celles des conditions de développement du milieu : typologie du site, de la profondeur, des variables saisonnières, de la communauté bactérienne en présence…

Le changement global pour la protection de notre environnement n’attend pas. L’association est active dans la recherche fondamentale, et ce type d’étude s’il est concluant, peut contribuer à apporter des solutions à des éventuels besoins de restauration écologique.

Je rajouterais bien aux paroles de Tino Rossi « ses fonds marins riches et variés », mon amour fragile.

Une chronique rédigée par Morgan Bourc’his

Logo Tennaxia FR Bleu

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l’utilisation des cookies. Voir notre Politique de confidentialité.